La photo est un flirt avec la lumière, délicieux et tourmenté… Un jour, aguicheuse, elle se laisse apprivoiser et vous fait les plus beaux cadeaux… Le lendemain, boudeuse, elle vous fait payer chaque erreur et ruine toutes vos ambitions !
Faces of Evil, une série de montages photos qui recréent à partir de 350 visages d’hommes les portraits des 13 plus “grands” dictateurs du XXème siècle. Un livre et une expo qui ont remporté un prix au D&AD Awards. Très troublant de voir Hitler ou Saddam Hussein sans apparat… Via The inspiration room
Il y a 9 mois
Karl who? J’adore Karl Lagerfeld rien que pour l’auto dérision dont il sait faire preuve …
(des fois il m’arrive de parler un peu de mode aussi :))
La vie cachée des super-héros (voir les photos de la fin), ou une série photo amusante mettant en scène des super-héros pris sur le fait, dans des situations peu glorieuses. Super mise en scène, même si le rendu de certains personnages n’est pas égal. Via MyModernMet
Il y a 9 mois
Rien à voir avec la photo, mais voici un projet collaboratif web+musique intéressant, in b flat.
L’article précédent sur le (douteux) parallèle entre un street photographe et un tueur à gage m’a fait penser qu’aujourd’hui la photo de rue avait pris une toute autre direction. Ou plus précisément qu’un nouveau genre était apparu, puisqu’aux dernières nouvelles notre ami Bruce Gilden hante toujours les rues new-yorkaises.
Un genre dont Scott Schuman alias The Sartorialst a été un des précurseurs en 2005, date à laquelle il a commencé à shooter des anonymes des rues des capitales du monde, sur le principal critère de leur look. La mise en scène est systématique et minimaliste, Schuman cherche plus à mettre en valeur les tenues fashions de ses cibles. The Sartorialist est vite devenu une référence dans le milieu pointu de la mode, et d’autres sont arrivés sur le secteur, chacun avec son sens de la mode et sa personnalité : Facehunter (qui me paraît avoir plus de sens de la mode que de sens photographique) ou Little Style Box (belles photos et pas mal d’articles tendance / culture aussi) par exemple.
Mais c’est quand même Scott Schuman qui vient d’être choisi pour shooter la dernière campagne DKNY Jeans, sur le même et simplissime principe que les photos qui l’ont fait connaître (pour la petite histoire, la campagne a quand même nécessité 4 mobile homes et 2 camions !)
Le débat en cours sur le web est de se demander quelle valeur ajoutée The Sartorialist avait apportée à la marque DKNY Jeans. J’y ajoute volontiers mon grain de sel… je crois qu’il y a 2 avantages.
Le premier s’appelle le buzz. Et ça a l’air de marcher. En tous cas plus que si DKNY Jeans avait choisi un photographe professionnel (c’est le comble quand on y réfléchit).
Et le deuxième s’appelle la proximité. Cette campagne rattache énormément la marque à la réalité de ses consommateurs (il y a un côté girl next door). Vous allez me dire que le principe même d’une publicité c’est de faire rêver, donc d’arracher le consommateur à cette réalité. Mouais. Je serais d’accord si on parlait de DKNY, mais on parle de DKNY Jeans, moins haut de gamme, et je trouve que c’est finalement assez en phase avec la période que l’on vit (damn it, je m’étais juré de jamais parler de crise… oups…).
Donc je vote “pour”. Mais je ne serai pas aussi positif envers la prochaine marque qui s’engoufrera dans cette tendance et qui choisira au hasard Facehunter pour shooter sa campagne…
Et pour en finir avec le sujet de la photo de rue mixée à la mode, Uniqlo a sorti il y a quelques temps un magnifique site (ils sont habitués…) : Tokyo Fashion Map, qui repose entièrement sur des shoots photo & vidéo dans les rues de Tokyo. Eux aussi surfent sur la tendance, de manière un peu plus moderne que DKNY :)
La photographie de rue (mmmh, ça sonne moins bien en français…) est une discipline du reportage photo. Comme son nom l’indique, elle consiste à prendre des photos de scènes de la rue, de manière plus ou moins spontanée. C’est finalement l’une des disciplines les plus accessibles au commun (et citadin) des mortels, il suffit de descendre dans la rue et de shooter.
Il y a bien sûr plusieurs approches.
Cartier-Bresson privilégie la dissimulation : ne pas montrer à son sujet qu’on le photographie pour ne pas perturber la scène. Ce qui me fait penser au principe d’incertitude de la physique quantique (je sais, rien à voir avec la photo) qui dit - en version simplifiée - que la mesure ou l’observation d’un phénomène altère ce même phénomène. En photo, c’est pareil : le fait de prendre un sujet en photo provoque le plus souvent un changement d’attitude chez lui, ce qui est généralement ce qu’on cherche à éviter… Bref, tout ça pour dire que Cartier-Bresson aimait agir caché pour saisir “le bon moment”, qu’il définit comme un “lien entre le sujet qu’on sent intuitivement et une composition rigoureuse, une géométrie qui vous surprend“.
Une petite interview en video :
A l’opposé, il y a le photographe Bruce Gilden de l’agence Magnum : il se fond lui aussi dans la foule, mais préfère au dernier moment surprendre son sujet en lui sautant limite dessus et en lui flashant le visage. Sa technique est assez spectaculaire, c’est impressionnant de le voir naviguer à contre courant dans le flot de passants, puis tout d’un coup, une fois sa proie repérée, l’attaquer impitoyablement… Ses photos marquent évidemment la surprise des passants (ce qui illustre assez bien je trouve le fameux principe d’incertitude… j’arrête avec la physique, de toutes façons j’ai toujours préféré les maths…). C’est d’ailleurs presque un peu trop à mon goût, surtout avec la surexposition du flash.
A découvrir en vidéo aussi :
Les spécialistes de la discipline recommandent à ceux qui voudraient commencer la photo de rue d’utiliser un télé à longue focale, pour être loin et caché du sujet. Alors que les plus chevronnés comme Bruce Gilden utilisent plutôt des 35mm ou même des grand angles.
Et c’est là que je voulais en venir… Finalement, un street photographer n’est pas très éloigné d’un tueur à gage comme Léon (dans le film éponyme de Luc Besson) : dans la géniale scène où il apprend à Mathilda le métier de tueuse à gage, il commence par l’arme la plus facile à utiliser : le fusil à lunette. Parce qu’il permet de rester à distance de la cible. Et la dernière arme dont il va lui apprendre le maniement, c’est le couteau… Le téléobjectif, c’est un peu le fusil de sniper de Léon, et le 35mm correspond au corps à corps. Je trouve que cette comparaison convient tout à fait à Bruce Gilden qui attaque littéralement ses cibles !
Pour avoir essayé un peu la photographie de rue, j’ai une nette préférence pour l’approche “dissimulée” (cf cet article). Mais c’est loin d’être facile de saisir le fameux “bon moment”… Ça demande beaucoup d’observation, et surtout de rapidité : on n’a que quelques instants pour réussir le cadrage… 2 photos prises il y a quelques mois :
Canon 40D - EF 70-200mm f/2.8 L IS - 195mm - f/4 - 1/200s - 800 iso
Canon 40D - EF 50mm f/1.4 - 50mm - f/6.3 - 1/500s - 200 iso
Et comme dit Léon avec son magnifique accent frenchy, “let’s practice, it’s the best way to learn” :)
Je vais d’ailleurs bientôt inaugurer un nouveau style de “street photography” : la version “sniper”… Eh oui, mon nouveau bureau est au 3ème étage avec une grande baie vitrée qui donne justement sur les champs élysées (je sais, j’ai de la chance, mais je regrette quand même mon ancien bureau dans un hôtel particulier roccoco du 2ème). Et le matin à 9h, la lumière est parfaite… :)
Préambule : non, cet article ne parle ni de sexe (pour cette fois) ni d’un objectif qui n’existe que dans les rêves des fous de matos (un 18-400mm f/2.8 par exemple). Pas du tout… :)
Consciemment ou non, tout le monde a un super-pouvoir préféré. Si vous y pensez 2 min, il y a forcément un pouvoir que vous aimeriez avoir… Arrêter le temps, être immortel, être plus balaise que Hulk, … etc (re-regardez X-men ou Les Indestructibles pour une liste plus exhaustive). Pour ma part, ça serait plutôt un truc du genre téléportation. Oui, exactement comme dans Jumper :)
Pour revenir à la photo, réfléchissez maintenant à un super-pouvoir dans le domaine photographique… Depuis que j’ai commencé, j’ai toujours eu envie de pouvoir prendre des photos sans appareil, sans que personne ne s’en aperçoive. Pas pour le côté voyeur, juste parce qu’il y a tellement d’instants spontanés qu’on aimerait pouvoir immortaliser.
Certains photographes ont bien publié des carnets de photo, des assemblages de photos qu’ils ont prises tous les jours avec un appareil qu’ils ont toujours sur eux (Depardon par ex). Mais je parle d’aller encore plus loin parce qu’il y a tellement de choses qu’on ne peut tout simplement pas prendre en photo avec un appareil photo…
Là où je veux en venir, c’est que ce rêve est en train de se développer avec le Eyeborg Project : imaginez que vous ayez un appareil photo (ou une caméra, mais je préfère la photo à la vidéo) intégré à votre oeil, et hop, vous ne ratez plus rien… Bon, je n’irai pas jusqu’à perdre un oeil pour ça (l’un des participants est borgne depuis qu’il est gamin), mais j’aime le concept en tous cas. A voir comment ça se développe…
Derrière ce titre un brin accrocheur se cachent des questions vraiment existentielles : pourquoi certaines photos sont plus belles en noir & blanc qu’en couleur ? Pourquoi certaines photos ratées en couleurs, deviennent belles en n&b ?
Qui n’a jamais entendu (ou prononcé d’ailleurs) : « Pas terrible cette photo, tu devrais la passer en n&b », ou alors « Ouais mais c’est plus facile de faire des photos en n&b, c’est de la triche ».
Alors, qu’est-ce qui peut bien provoquer le succès persistant du n&b à l’heure où la Fnac ne développe plus que les pellicules couleur (véridique, demandez à Little Style Box) ?
Certains répondront que le noir & blanc, c’est la nature même de l’art photographique, la preuve, c’est qu’elle a été inventée comme ça. Argument irrecevable à mon sens : si la photo était en noir & blanc au début, ce n’était que pour des raisons techniques, pas pour des raisons esthétiques. La vraie nature de la photo, c’est de capturer la réalité telle que nous la percevons nous-mêmes (au delà, ça devient autre chose). Et aux dernières nouvelles, 99% des gens voient le monde en couleur.
Il faut donc chercher ailleurs…
La déformation culturelle.
Je m’explique : les photographes connus du grand public, qui font partie du patrimoine culturel et qui animent régulièrement une bonne proportion des grandes expositions sont des photographes de la génération noir & blanc : Doisneau, Cartier-Bresson, Depardon, Avedon, … La plupart des photos artistiques les plus connues et inscrites dans la culture populaire sont des photos n&b. Alors que les photos que fait Monsieur Tout-le-monde depuis plus de 30 ans sont en couleur.
De là à ce que le cerveau fasse un peu (trop) rapidement l’association « noir & blanc = photo d’art »… il n’y a qu’un pas ! Et c’est là que ce brave Monsieur Tout-le-monde pense que ses photos deviennent plus belles (ou artistiques) quand il les passe en noir & blanc. Alors qu’en fait, pas du tout.
Robert Doisneau
Raymond Depardon
Henri Cartier-Bresson
Dans certains cas, ce serait donc juste une histoire de perception erronée. Mais dans d’autres, une même photo est objectivement plus belle en n&b qu’en couleurs…
Couleurs ratées = photoruinée
Pour qu’une photo couleur soit réussie, il faut généralement réunir plusieurs conditions. Bien sûr la composition, la lumière, le sujet, le traitement (bruit, flou, … etc)… et… les couleurs justement ! Parce qu’elles participent à l’esthétique de la photo. C’est même à mon avis une des choses à laquelle l’œil est le plus sensible au premier abord. Donc pour peu que les couleurs ne soient pas extraordinaires sur une photo, ou pire, carrément inharmonieuses, elle sera vite reléguée dans la catégorie « sans intérêt », ou même « ratée ».
Avec une photo en n&b, ce problème ne se pose évidemment pas, et il devient donc tentant de passer en noir & blanc une photo où les couleurs n’apportent rien. En somme, on ne fait qu’éliminer la mauvaise composante de la photo. C’est le fameux conseil « passe ta photo en n&b, tu verras : elle sera plus jolie ! ».
Aller, un exemple pour la route… Vous conviendrez que la photo de gauche est moche, à cause de ces couleurs typiquement “urbaines nocturnes”. La photo de droite, sans prétendre qu’elle soit belle, est du moins plus acceptable…
Montmartre by night en couleur
Montmartre by night en n&b
A contrario, essayez de faire une belle photo de coucher de soleil en noir & blanc : tout de suite, c’est plus dur (j’ai pas dit impossible !). Simplement parce que l’esthétique d’une photo de coucher de soleil vient la plupart du temps et en grande partie de ses couleurs.
Le N&B révèle l’essence de la photo
Si on poursuit ce raisonnement, il apparaît clair que le noir & blanc a un avantage indéniable sur la couleur : il présente un sujet dans sa nature totalement brute, dénué de tout artifice coloriel. Il révèle l’essence même de votre sujet. Et pour peu que sa valeur ne réside pas dans ses couleurs mais dans une expression, une attitude, le noir et blanc ne fera qu’amplifier cette valeur. En gros, si les couleurs n’apportent rien à votre photo, vous pouvez réfléchir à la passer en n&b.
Imaginez par exemple que votre ayez saisi un magnifique regard sur votre sujet. Peut-être auriez-vous intérêt à passer la photo en noir & blanc – même si les couleurs sont plutôt belles – pour capter toute l’attention du spectateur sur cette expression. Elle aura plus de force, plus de présence. Et c’est ça qui fera que votre photo sera plus réussie en fin de compte.
Je trouve par exemple que le regard de la photo de droite ressort beaucoup mieux que sur la version couleur. Et comme cette photo ne vaut quasiment que par le regard…
Le N&B plus facile que la couleur ?
C’est là que je veux en venir : prendre une photo en n&b n’est pas plus « facile ». En couleur, c’est vrai, il y a une composante supplémentaire à maîtriser (l’harmonie des couleurs), mais en n&b, toute l’attention du spectateur se portera sur les autres composantes, dont le sujet. Il faudra donc « assurer » 2 fois plus de ce côté !
Corollaire intéressant : si vous devez prendre un portrait d’une personne inexpressive et sans esthétique particulière (je dis pas moche, parce que le moche peut être esthétique…), évitez le n&b, et shootez-la devant les belles couleurs d’un coucher de soleil :) (pensez quand même au flash ou au moins au fill-in, sinon elle ressortira désespérément sombre).
Le N&B apporte une ambiance
Dernière hypothèse : comme je disais plus haut, le noir & blanc ne correspond pas tout à fait à notre vision de la réalité (puisque notre œil voit en couleur).
Le traitement n&b peut donc parfois être utilisé pour donner une ambiance artificielle à l’image, et la rendre… différente. Ca peut être une ambiance rétro, nostalgique, grise, ou encore sinistre, … Finalement, l’information que l’on perd en supprimant la couleur est compensée par une nouvelle sensation subjective qui se dégage de la photo devenue monochrome. Et cette sensation, qui n’existe pas forcément dans la scène originale, peut parfois apporter énormément à la photo.
C’est vrai avec le noir & blanc, mais on peut généraliser à tous les autres types de traitements qui s’écartent de notre perception humaine : je pense d’ailleurs que le succès des Holgas & autres Lomos (vous savez, ces appareils de très très mauvaise qualité qui font pourtant des photos sympas !) est justement dû au fait qu’ils travestissent la réalité et donnent aux photos une ambiance très particulière (souvent un peu rétro).
Et au passage, une très belle photo de l’investiture d’Obama par Jerry Spagnoli, aux antipodes de la photo à 1,4 milliards de pixel : faite avec vrai daguerreotype, le rendu est extraordinnaire et donne à la photo une ambiance qu’elle n’aurait pas eu avec une prise de vue classique.
Voilà pour moi toutes les raisons qui – à tort ou non – font qu’une photo en noir & blanc parait parfois plus esthétique ou plus réussie que la même en couleur.
N’hésitez pas à me donner votre point de vue sur la question, je serais intéressé par des avis différents :) .
Au passage, il existe de nombreux tutoriels pour passer une photo couleur en N&B, sous Lightroom ou sous Photoshop. Avant de vous en donner une liste non exhaustive, je dirais simplement qu’il n’y a pas qu’un “noir et blanc”, et que ça dépend énormément de la photo. Je n’ai pas trouvé de recette miracle (vous aimez mes conseils, hein :) ), j’ai juste noté quelques trucs :
- une photo n&b a souvent besoin de plus de contraste. Le plus simple étant d’utiliser les courbes pour le régler (Lightroom & photoshop)
- l’outil génial pour ajuster parfaitement le passage en n&b est le channel mixer (Photoshop) ou la table des couleurs (Lightroom). Parce qu’ils vous permettent tous les deux de contrôler la composition exacte de votre noir.